mardi 14 mai 2013

Interview n°2 de Merlin Parpaing


Aujourd'hui, Merlin Parpaing a accepté de venir nous dévoiler quelques uns de ses trucs et de nous parler de son audition par la commission d'enquête du Sénat



Zoélie F. : Bonjour Merlin ! 

Merlin Parpaing : Bonjour Zoélie ! 

Z.F. : Merlin, dans ton activité, tu dois aussi gérer des contraintes juridiques. Il y a une volonté politique de limiter les dérives thérapeutiques et  les dérives sectaires dans le domaine de la santé. 

M.P. : Oui, la commission d'enquête du Sénat a interrogé de nombreuses personnes... moi aussi, ils m'ont interviewé ! 

Z.F. : Tout d'abord, Merlin, je dois te dire que j'ai lu le procès-verbal de ton audition et que j'ai été impressionnée ! Tu t'en es très bien sorti, tu as réussi à défendre ta charlatothérapie sans te mettre hors la loi, ni te mettre en porte-à-faux vis-à-vis de tes clients. Une vraie prouesse ! 

M.P. : Merci Zoélie.  Comme tu l'as élégamment fait remarquer la dernière fois, j'ai quelques heures de vol au compteur. Avec le temps, j'ai peaufiné mes pratiques et rôdé mon discours. 

Z.F. : D'accord, mais les autres non plus ne sont pas des débutants. Et pourtant, j'ai noté que plusieurs d'entre eux ont fait profil bas devant les sénateurs. Comment expliques-tu que tu aies pu tenir devant eux pratiquement le même discours que celui que tu tiens à tes clients et prospects ? 

M.P. : Ah ! C'est parce que je me suis spécialisé dans le subtil... tu sais, les énergies, les vibrations, le magnétisme... 

Z.F. : Oui, l'invisible. Autrement dit, l'invérifiable... 

M.P. : Héhé ! Exactement ! Je fais le même job que les tisserands du fameux conte de Andersen "Les habits neufs de l'empereur". Sauf qu'au lieu de fabriquer du tissu invisible, je répare des organes invisibles. Ils tissaient avec des fils invisibles, et moi j'opère avec des instruments invisibles... 

Z.F. : ... conçus grâce à ton Mépris Intégral® ! Tout de même, ces  tisserands, c'est sur un vrai métier à tisser qu'ils faisaient semblant de travailler... 

M.P. : Oui, c'est vrai. Moi aussi, je fais semblant de traiter l'organe malade. J'ai mis au point une gestuelle très élaborée que j'enseigne à mes élèves. Et pour faire semblant d'évacuer les énergies usées des clients, je secoue mes mains au-dessus de vraies poubelles. 

Z.F. : Oui, il faut un minimum de support matériel. C'est aussi pour cette raison que tu as adopté pour tes élèves, comme pour toi-même, le port du "bleu de travail" ? 

M.P. : Bien sûr ! On a beau dire que l'habit ne fait pas le moine... Quand même, je peux te dire que l'uniforme, ça impressionne favorablement. De toute façon, je sais bien que tout le monde ne peut pas être dupe. Mais du moment que j'arrive à bien vivre... 

Z.F. : Aujourd'hui, tu fais de la thérapie et de la formation. Qu'est-ce qui est le plus intéressant pour toi ? 

M.P. : Sans hésiter, la formation ! C'est plus de chiffre d'affaires en moins de temps  et moins de fatigue que la thérapie. En fait, aujourd'hui, la thérapie me sert de "vitrine" pour attirer de nouveaux élèves. Un autre avantage de faire de la formation plutôt que de la thérapie, c'est que moins on a de clients en traitement, moins on risque d'avoir d'ennuis à cause des échecs ... une fois, j'ai failli me faire casser la gueule par le mari d'une cliente... Maintenant, ce sont mes élèves qui se coltinent ce genre de soucis, place aux jeunes ! 

Z.F. : Trop généreux. Je sais que tu es très soucieux de ton image et que tu cherches à te faire passer pour un bienfaiteur de l'humanité. C'est aussi par souci de respectabilité que tu as rédigé ton fameux code de déontologie et créé ce syndicat professionnel que tu as baptisé Ordre des Charlatothérapeutes ? 

M.P. : Pas seulement, figure-toi. Aussi par pragmatisme. Je ne sais plus si je l'ai déjà dit, mais la qualité de base pour réussir dans le charlatanisme, c'est le pragmatisme. Il me semble que tu ne l'as pas mentionné dans tes cours... 

Z.F. : Merci d'avoir comblé cette lacune. 

M.P. : Cet Ordre des Charlatothérapeutes a deux avantages : non seulement, il augmente notre crédibilité, à mes élèves et moi, vis-à-vis du public, mais en plus, ça me permet de continuer à prendre du pognon à mes élèves. Pour figurer dans mon annuaire de thérapeutes agréés, ils doivent me verser leur cotisation annuelle à l'Ordre, garante de leurs bonnes pratiques et de leur respect de mon code de déontologie. Mes élèves y gagnent en visibilité sur internet et moi je récupère suffisamment d'argent pour couvrir une bonne part de mes dépenses publicitaires... et attirer de nouveaux élèves. 

Z.F. : Pas bête ! J'ai aussi constaté, en lisant ta brochure, que tu n'hésitais pas à attiser la peur de crise économique et à agiter le spectre de la guerre pour inciter les gens à s'inscrire à tes formations. Tu y vas fort ! 

M.P. : Ben oui, et j'ai même mis en place un système de rémunération de mes rabatteurs ;  du parrainage, si tu préfères. Et je ne sais pas si tu as remarqué,  aussi, l'étiquetage? Envoyez-moi les personnes de votre entourage qui ont les qualités requises pour suivre ma formation ? 

Z.F. : Oui, c'est certain, tu connais toutes les ficelles. L'autre jour, Merlin, tu nous as parlé de l'importance de la prise en compte de la personne dans sa globalité. J'aimerais que tu nous explique cela plus en détail. 

M.P. : Eh bien, vois-tu, nous prospérons sur l'idée selon laquelle la médecine conventionnelle (ou traditionnelle) ne s'intéresse qu'aux symptômes, se spécialise pour explorer les fonctions et organes défaillants, en oubliant les répercussions psychologiques et sociales de la maladie sur la personne porteuse de la pathologie. 
Or, en marketing comme au football, il faut savoir se démarquer de la concurrence. Dans la mesure où notre capacité à soulager de façon durable et efficace les symptômes physiques dont souffrent nos clients est relativement inexistante, il est d'autant plus important pour nous d'affirmer que nous pratiquons une médecine holistique, c'est-à-dire qui prends en compte toutes dimensions de la personne, en gros le corps et l'esprit. 
Dès l'âge le plus tendre, nous sommes habitués à confondre soulagement physique et réconfort émotionnel. Par exemple, lorsqu'un petit enfant est brusquement stoppé dans sa course par une chute, il souffre de ses écorchures aux genoux et aussi de la peur ressentie au moment de la chute, de la contrariété de ne pas maîtriser tout son environnement (le gravier qui roule sous les chaussures, par exemple), de perdre la face devant ses camarades de jeux, etc... C'est alors qu'intervient un des parents : après un nettoyage des écorchures plus ou moins rudimentaire, le parent se montre plein d'empathie et administre une caresse des cheveux et un bisou magique qui fait guérir les bobos des genoux. En réalité, le bisou magique n'a aucune influence sur la cicatrisation des écorchures mais l'empathie aide à dissiper le stress et la contrariété. Ce réconfort émotionnel aide à mieux tolérer la douleur (modérée et passagère) des écorchures et le processus naturel de cicatrisation contribuera à faire croire à l'efficacité du bisou magique sur les symptômes physiques. 

Z.F.: Oui, en résumé, tu veux dire qu'un symptôme, une souffrance a deux composantes : une composante physique et une composante émotionnelle. Une action efficace sur cette composante émotionnelle peut suffire à faire croire que l'on a agi sur les symptômes physiques. 

M.P. : C'est ça, et ça fonctionne remarquablement pour des symptômes physiques qui ont tendance à guérir spontanément. 

Z.F. : Mais pourtant, ta méthode ne consiste pas à décortiquer le psychisme de tes clients, ton approche est plutôt corporelle. Comment expliques-tu son effet sur les souffrances émotionnelles de tes clients ? 

M.P. : Eh bien, un peu comme le parent du petit enfant que je viens d'évoquer, je me montre chaleureux  et je compatis aux souffrances qu'expriment mes clients. De la même façon qu'un petit enfant n'est pas toujours capable de percevoir et verbaliser les émotions associées à sa chute, mes clients n'ont pas forcément envie de décortiquer les souffrances psychiques sous-jacentes à leurs symptômes. Déjà, en leur assurant que je vais faire de mon mieux pour les soulager et les traitant comme quelqu'un d'important,  je les réconforte. Et bien sûr,  pendant tout le temps de mon simulacre de traitement, j'affiche un air sérieux et concentré. J'en rajoute un peu, je théâtralise. Parfois, je dis de certaines de mes interventions qu'elles présentent des risques, ou bien je prétends que je suis intervenu juste à temps pour éviter telle ou telle complication... Tu imagines, quand le médecin leur dit qu'ils n'ont rien, c'est lui qui passe pour un charlatan ! 

Z.F. : D'accord, donc une action sur l'état émotionnel de quelqu'un ne requiert pas nécessairement une approche psychologisante, de type analyse des bénéfices secondaires ou découverte du sens de la maladie... L'autre jour, tu as parlé d'affections cycliques. Tu peux en citer une ? 

M.P. : Oui. Le zona, par exemple, est une maladie qui se manifeste par des éruptions cutanées, des démangeaisons et des douleurs. Dans la majorité des cas, le zona disparaît spontanément sans entraîner de complications. C'est pourquoi, je peux assurer un gros taux de réussite de ma méthode sur le zona. Cependant, le virus reste présent dans l'organisme et peut se réactiver si pour une raison ou une autre, le système immunitaire est affaibli. Alors, les clients qui croient que les ai bien soulagé lors de leur crise précédente reviennent me voir. 

Z.F. : D'accord. Le zona a tendance à disparaître spontanément. Mais tu n'es pas médecin, tu n'as aucune idée de l'évolution que connaîtra tel ou tel client. Comment tu fais ? 

M.P. : Avec le temps, j'ai appris à gérer ce genre de situation. Je prends les devants : comme j'ignore de quelle façon va évoluer la pathologie, à la fin de ma séance, je préviens mon client que sous l'effet de mon traitement, ses symptômes peuvent disparaître dans les jours à venir, ou encore qu'il se peut qu'il ne remarque aucun changement immédiat, mais aussi, qu'il est possible que son corps réagisse en manifestant des symptômes encore plus marqués (davantage de douleurs et de démangeaisons). Evidemment, en cas d'aggravation des symptômes, je l'encourage à considérer cela comme un phénomène transitoire, comme une preuve de la puissance de la médecine parallèle, naturelle et sans effets secondaires, que je pratique. Ainsi, je ne prends pas le risque de me planter en faisant un pronostic et les clients me prennent presque toujours pour un bon thérapeute. 

Z.F. : OK, et en cas de complication ? 

M.P. : En cas de complication, il n'est pas rare que les clients aillent voir leur médecin pour recevoir le traitement adéquat. 

Z.F. : Ces clients-là, tu les perds définitivement ? 

M.P. : Pas forcément. Certains reviennent me voir. Au début, ils sont mécontents, ils me font des reproches, mais j'arrive à les amadouer. Je leur explique qu'ils avaient une forme carabinée de la maladie et que c'est l'action combinée du traitement médical et de la charlatothérapie qui leur a permis d'être soulagé. 

Z.F. : Je suis persuadée que mes apprentis-charlatans tireront beaucoup de profit des tes enseignements. Nous avons une idée assez claire de la façon dont tu procèdes avec tes clients. Merci pour cet entretien. Accepterais-tu de venir nous parler d'autres charlatothérapeutes entendus pas les sénateurs ? 

M.P. : C'est d'accord, tu connais mon tarif. 




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