
Merlin Parpaing :
Oui, bonjour Zoélie.
Z.F. : En tout
premier lieu, intéressons-nous à la popularité des théories de
Hamer auprès du public.
M.P. : Oui.
Z.F. : La
chimiophobie, le refus de la chimiothérapie, et plus largement des
traitements médicaux classiques du cancer reposent sur une image
négative de ces traitements. Sur internet, de nombreux sites
répandent l'idée que, majoritairement, les médecins ne feraient
pas confiance à la chimiothérapie. Cela
a été détaillée dans l'article Rudiments de chimiophobie.
M.P.
: La croyance que la chimiothérapie n'a qu'un
très faible taux de réussite vient renforcer ce rejet du
traitement, rejet sur fond de peur.
Z.F. : En effet.
Cela a été développé dans l'article Chimiophobie : cours de perfectionnement.
M.P. : Comme cela a
été présenté dans l'article Autres facteurs favorables à la chimiophobie
, d'autres peurs, plus personnelles, telles que la phobie de la vue
du sang ou la phobie des aiguilles et objets pointus ou tranchants
constituent aussi un terrain favorable à la chimiophobie. Mais le
rejet catégorique des soins médicaux classiques en cas de cancer ne
concerne qu'un faible pourcentage de malades. Bien trop faible pour
assurer la subsistance de tous les thérapeutes proposant des voies
alternatives. Beaucoup jouent donc la carte de la complémentarité
entre médecine et charlatothérapie pour gagner des clients parmi
les nombreux malades qui bénéficient d'un traitement médical
classique.
Z.F. : Oui, ils
s'appuient sur la croyance selon laquelle le traitement médical seul
serait insuffisant pour obtenir une “vraie” guérison. Comme
évoqué dans l'article Chimiophobie : évite les ennuis,
communiquer sur la “complémentarité” entre soins médicaux
classiques et thérapies non conventionnelles est aussi un bon moyen
de ne pas endosser de responsabilité vis-à-vis du malade ou de ses
proches en cas d'abandon ou de rejet du traitement médical ou
d'échec de la thérapie.
M.P. : Associée à
la méfiance à l'égard des traitements médicaux classiques du
cancer, on retrouve plus largement la croyance que “le naturel” serait bon tandis que “le chimique” serait mauvais.
Z.F. : Au-delà de
la chimiophobie, on trouve aussi la méconnaissance des bénéfices
possibles du traitement médical. Chez certains malades mal informés,
il y a l'idée
que tout se vaut, la
croyance que
quel que soit le chemin choisi, l'issue sera la même : la mort.
En
réalité : certains diagnostics sont associés à de (très) bons
pronostics. Ainsi, un rapport de l'INCA indique que, selon la
localisation de la tumeur primaire, le taux de survie à dix ansvarie de 1% à 93%.
En revanche, se contenter d'un simulacre de thérapie au lieu d'un
vrai traitement médical, c'est prendre le risque de perdre ses
chances de guérison. Plus un malade rentre tard dans le traitement,
plus sa maladie risque d'être difficile à traiter : traitement plus
long, plus éprouvant, et moins de chances de guérison.
M.P.
: De fait, les malades qui ont une représentation (très) négative
de la maladie et/ou des traitements médicaux risquent davantage de
compromettre leurs chances de guérison en renonçant plus ou moins
longtemps aux traitements médicaux.
Z.F.
: Il y a aussi le cas des malades pour lesquels, compte tenu de
l'avancée de la maladie et des possibilités de traitement, le
pronostic reste peu favorable (leurs chances de guérison sont
infimes). Cependant, ils peuvent méconnaitre les bénéfices
apportés par des traitements palliatifs
, qui peuvent améliorer non seulement la durée mais encore la
qualité de vie, en soulageant symptômes et complications. La prise en charge de la douleur
représente un volet important de cette qualité de vie.
M.P.
: La popularité de la “méthode Hamer” s'explique aussi en
partie par la méconnaissance du grand public de sa dangerosité et
de son inefficacité. Avec cette histoire des “deux phases de la
maladie” les gens sont encouragés à considérer les signes
cliniques de l'aggravation de la maladie (inflammation, douleurs,
fatigue, éventuellement ulcération et infection) comme faisant
partie du “processus de guérison”. Cette méconnaissance
explique que des gens aient pu longtemps persévérer dansl'aggravation de leur maladie en refusant toute aide médicale,
persuadés d'être engagés sur le chemin de la guérison.
Z.F.
: Effectivement. Une tumeur traitée selon la “méthode Hamer”
évolue rigoureusement de la même façon qu'une tumeur non traitée.
M.P. : Oui. Car la
“méthode Hamer” n'est qu'un simulacre de traitement. Mais les
cas de ces personnes qui n'ont compris la supercherie que représente
la “méthode Hamer” que peu de temps avant leur mort, illustre
bien son caractère sectaire, c'est-à-dire intolérant et
dogmatique. Le fait de croire aux théories de Hamer a conduit ces
personnes malades à se couper de certains de leurs proches
favorables à un traitement classique et à refuser l'aide qu'ils
auraient pu recevoir auprès d'une équipe médicale compétente.
Z.F. : De plus,
Hamer présente une
caution
médicale rassurante : Hamer est présenté comme un médecin, et on
trouve des médecins, infirmiers et autres professionnels de santé
parmi ceux qui défendent les théories de Hamer. Ainsi, auprès du
grand public, la “méthode Hamer” peut être perçue comme
sérieuse et digne de confiance.
M.P.
: Les théories de Hamer sont également très populaires auprès de
nombreux “thérapeutes”. Ce succès d'explique en partie par le
manque de connaissances médicales et scientifiques de ces
“thérapeutes”. Les théories de Hamer, ce sont des
idées simples, voire simplistes, dont tout le monde peut s'emparer.
En fait, présenter les théories de Hamer au grand public consiste à
passer d'un vocabulaire scientifique à des mots de tous les jours.
Z.F.
: Oui, c'est un peu la “science du pauvre”. A l'issue d'une
conférence de 2 heures, les auditeurs peuvent avoir la conviction de
connaître dans les grandes lignes les principes qui régissent la
maladie et la guérison et croire qu'ils en savent presqu'autant, si
ce n'est davantage, que ceux qui ont étudié la médecine pendant
des années à l'université.
M.P.
: C'est ça, cette pseudo-médecine ne nécessite pas de longues
études. Et il n'y a pas non plus de matériel coûteux ou difficile
à manipuler.
Z.F.
: Et on peut même avoir l'impression d'une continuité avec la vraie
médecine car la “méthode Hamer” suppose de connaître assez
précisément la pathologie, donc de s'appuyer sur un diagnostic posé
par un vrai médecin. Ancien barman, ancien assistant social,
ancienne femme au foyer, etc ; connaissant le diagnostic et muni
d'un des nombreux ouvrages de décodage biologique, n'importe qui
peut s'improviser thérapeute.
M.P.
: Et ce vernis scientifique des théories de Hamer ne séduit pas que
des personnes n'ayant pas fait d'études.
Z.F.
: Il y a aussi des médecins
qui décident d'abandonner la pratique de la vraie médecine pour se
lancer dans cette "thérapie" selon les préceptes de
Hamer. Ou bien des personnes ayant effectué plusieurs années d'études de médecine...
Et ils ne peuvent pas se cacher derrière l'ignorance ou le manque
de formation pour justifier leur choix. Même les moins brillants
d'entre eux disposent des connaissances requises pour repérer les
failles et les incohérences des théories de Hamer et pour prendre
la mesure du danger que représente la “méthode Hamer” pour les
malades.
M.P.
: Héhé... L'appât du gain... Je comprends ça... Une simple conférence peut s'avérer extrêmement lucrative...
A cela, il faut ajouter les séances individuelles de thérapie, les
formations d'autres thérapeutes, la vente de livres et DVD...
Certes, disposer d'un titre de docteur en médecine procure, en
général, le moyen de gagner honorablement sa vie. Mais il y a de grandes disparités dans les revenus des médecins, et certains ont vraiment envie de trouver de meilleures sources de
revenus.
Z.F.
: Mais la vénalité n'explique pas tout...
M.P.
: Certes non ! Il ne faut pas oublier le goût de la notoriété et
de l'influence. Pour passer à la postérité, un titre de docteur en
médecine ne suffit pas.
Z.F.
: Et pour se faire connaître et reconnaître, les médecins doivent
publier des articles sur leurs travaux de recherche dans des revues
scientifiques et médicales de référence, à comité de lecture. Et
encore, cela ne permet guère de se faire connaître du grand public.
M.P.
: Alors qu'en publiant dans la presse qui bafoue et détourne les notions scientifiques pour donner une
apparence de validité à des pseudo-thérapies, il y a moyen de
devenir populaire assez rapidement.
Z.F.
: Oui, je vois. Il y a de nombreux titres de cette presse gratuite
dont le contenu rédactionnel vient prolonger la publicité... Mais
Hamer ne voit pas forcément d'un bon œil cette si grande popularité
de ses théories auprès des thérapeutes, non ?
M.P.
: La rançon du succès, c'est la contre-façon. De nombreux
thérapeutes se sont emparés des théories de Hamer et y ont ajouté
leur petite touche personnelle, ont affublé le tout d'un nouveau nom
et monté leur propre école de formation.
Z.F.
: Des clients en moins pour Hamer...
M.P.
: Oui, c'est ça. Alors Hamer a réagi en nommant ses théories
Nouvelle Médecine Germanique®
(Germanische Neue Medizin®
ou Germanische Heilkunde®)
ou encore Médecine Sacrée®
(Medicina Sagrada®).
Z.F.
: Et depuis la Norvège où il s'est réfugié - car la Norvège n'a
pas d'accord d'extradition avec l'Union Européenne - Hamer continue
à diffuser ses livres et ses idées, à lutter contre la médecine
scientifique.
M.P.
: Un peu comme De Gaulle à Londres. C'est du moins comme cela que le
perçoivent ses adeptes.
Z.F.
: Ou injustement persécuté comme Galilée. C'est aussi comme cela
qu'il est présenté par un de ses défenseurs.
Cependant, si les idées de Hamer ont fait florès, le personnage,
lui, est sulfureux : il a été condamné, notamment en France, à
des peines de prison et a perdu l'autorisation d'exercer la médecine.
En outre, ses propos antisémites lui ont donné mauvaise réputation.
Et Hamer n'a pas que des défenseurs.
M.P.
: C'est vrai, Zoélie. De fait, on trouve un certain nombre de
thérapeutes qui affirment se désolidariser des excès et outrances
du personnage. Ce qui ne les empêche pas de continuer à faire de
larges emprunts aux théories de ce dernier et d'en appliquer les
principes dans leur pratique thérapeutique.
Pour illustrer cela,
il y a un thérapeute qui a écrit un livre pour dénoncer
charlatanisme, le manque de déontologie et les outrances diverses de
Hamer tout en reprenant sur une autre partie de son site web l'idée
que le cancer du poumon est du à un conflit de peur de mourir, que
la fumée de cigarettes ne serait pas la vraie cause, etc.
Z.F. : Beaucoup de thérapeutes ont créé leur propre thérapie et leur propre école de formation de thérapeute en empruntant à Hamer l'idée que la maladie exprime un conflit vécu par le malade, que la maladie a un sens qu'il convient de déchiffrer pour permettre la mise en route du processus de guérison ou pour prévenir la récidive. J'aimerais que nous passions en revue les principaux courants.
M.P.
: Bien sûr, Zoélie. La grande différence entre Hamer et les
autres, c'est que Hamer va généralement chercher le conflit dans
les mois qui précèdent l'apparition de la maladie, tandis que
d'autres n'hésitent pas, en s'appuyant sur telle ou telle théorie,
à aller chercher ce conflit dans un passé plus lointain dans la vie
de la personne malade
, et pourquoi pas dans l'histoire de ses ancêtres (psychogénéalogie
et transgénérationnel
), ou éventuellement, dans les vies antérieures de la personne
malade.
Z.F.
: Oui, chacun apporte sa touche personnelle...
M.P.
: Oui. Le premier dissident connu de Hamer, est l'ex-médecin Claude Sabbah
qui a créé la Biologie Totale des Etres Vivants®.
En fait, la Biologie Totale®
mêle transgénérationnel et théories de Hamer.
Z.F.
: Je vois. Selon lui, une personne peut donc être malade à cause
d'un conflit vécu, par exemple, par un grand-oncle...
M.P.
: Oui, c'est l'idée. Idée reprise aussi dans le Décodage
Biologique®.
Son inventeur
a écrit un nombre incroyable de best sellers sur la correspondance
entre maladies et conflits. Beaucoup de thérapeutes se servent de
ses ouvrages dans leur pratique quotidienne.
Z.F.
: Et la marque Décodage Biologique®
étant déposée, un autre courant s'est nommé Biodecoding.
M.P.
: Oui, sans oublier le Biodécodage®
et encore quelques autres... Il y a même des thérapeutes qui
proposent le décodage de situations du quotidien, telle que le
décodage de la crevaison de pneu...
Z.F.
: Sans blague ?
M.P.
: Si, si, ça existe. Sans parler du décodage du prénom. Tout est
bon pour habituer les personnes à l'idée de chercher le sens caché
de la moindre chose ! Puisqu'ils rencontrent des difficultés plus
ou moins grave dans tel ou tel domaine de leur vie, c'est qu'ils ont
“quelque chose” à résoudre...
Z.F.
: Si ça permet de maintenir les gens dans la dépendance vis-à-vis
du thérapeute !
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