dimanche 16 juin 2013

Rudiments de chimiophobie

Les effets secondaires courants d’une chimiothérapie sont plutôt démoralisants pour une personne qui vient de recevoir un diagnostic de cancer : perturbation de la formule sanguine ; nausées et vomissements ; atteintes des muqueuses buccale et des voies digestives ; chute des cheveux, cils, sourcils et autres poils (alopécie) ; perturbations psychologiques ; fatigue ; et quelques autres joyeusetés.


Mais cette liste d’inconvénients ne suffit pas à dissuader de nombreux malades atteints d’un cancer de recevoir un traitement de chimiothérapie.  C’est pourquoi, tu dois en rajouter, il en va de tes revenus.


Exercice pratique : argumenter contre la chimio


Rassure toi, nul besoin de te lancer dans un travail ardu de recherches, d’analyse, de compilation et de rédaction. Pour trouver des arguments anti-chimio, il te suffit de saisir “médecins refuseraient chimio” dans google, et tu tomberas sur une tripotée d’arguments “prêts-à-l’emploi”.

Apprends le résumé par coeur :


“75 % des médecins refuseraient la chimiothérapie
s’ils étaient atteints d’un cancer.”

 

 

Instaure la terreur



Comme tu peux le constater grâce au petit exercice que tu viens d’effectuer, il est aisé de trouver des phrases mettant en cause l’intérêt de la chimiothérapie. On retrouve à peu près toujours les mêmes citations sur la plupart des sites internet chimiophobes. La répétition donne un air de vérité au message.  
Voici ce qu’il en ressort :


“Les médecins ne font pas confiance à la chimiothérapie, ils la jugent inefficace et ses effets secondaires sont dangereux.”


A l’appui de cette affirmation, on trouve divers extraits de déclarations de médecins et de non-médecins, issus de publications médicales et non médicales.


Les idées-clés sont :



  • Les malades meurent massivement des effets secondaires de la chimiothérapie.
  • La chimiothérapie ne soigne pas, ne prolonge pas la vie.
  • Les malades qui refusent la chimio augmentent leurs chances de s’en sortir.  



Quel effet auront tes déclarations ?



Dans l’imaginaire collectif, l’image du cancer est très mauvaise, cette maladie est associée à l’idée de la mort et de la souffrance, et les traitements sont éprouvants.
Selon une étude menée en 2005 pour l’INPES auprès de 4000 personnes, 61 % des enquêtés pensent que les malades subissent les traitements sans pouvoir donner leur avis. Le cancer reste la maladie jugée la plus grave, loin devant le sida et les maladies cardio-vasculaires.
Imagine un peu ! La maladie fait peur et les traitements font peur !
Alors si tu affirmes que trois médecins sur quatre refuseraient la chimiothérapie pour eux-mêmes en cas de cancer, alors qu’ils prescrivent massivement ce  traitement à leurs patients, tu fais d’une pierre deux coups :
  • tu sabotes la relation de confiance indispensable entre le malade et son médecin,
  • tu réussis à persuader le malade que la chimiothérapie est profitable à l’industrie pharmaceutique mais dangereux pour lui, cela peut susciter une attitude de rébellion chez le malade et un refus catégorique de la chimiothérapie.
C’est très bon pour tes affaires !


Quelles objections pourraient être formulées ?


Tout le monde ne te croira pas sur parole. Certaines personnes vérifieront et contesteront tes dires :

  • Certaines déclarations sont le fait d’un non-médecin, Philip Day, grand théoricien du complot pharmaceutique et promoteur du laetrile comme traitement pour le cancer.
  • Certains extraits sont trop tronqués pour que l’on sache ce qui est réellement mis en cause.
  • On trouve parmi les publications citées des revues ou livres non médicaux, ou qui ne font pas référence dans la domaine médical.
  • Ces citations datent de 1991 à 2000 et ne prennent donc pas en compte les progrès réalisés depuis.

 

Que peux-tu rétorquer en cas d’objections ?


  • Ton contradicteur n’est pas assez ouvert pour entendre tes critiques sur la chimio,
  • il est soumis à la pensée unique,
  • alors que ton avis est totalement impartial,
  • il prend part au lobbying de Big Pharma pour dissimuler la Vérité sur la chimio...

OK, ces argument sont un peu faibles. S’ils ne te permettent pas de reprendre le contrôle de la joute verbale avec ton contradicteur, alors laisse tomber les arguments et sers toi plutôt des techniques de pourrissage de débat d’idées.
Elles te permettront de reprendre le dessus.


Que lisons-nous dans des publications plus récentes à propos de la chimiothérapie ?


  • De même qu’il n’y a pas le cancer mais des cancers, il n’y a pas la chimiothérapie mais de nombreux médicaments de chimiothérapie.
  • La nature et l’intensité des effets secondaires varie en fonction :
- du médicament utilisé (par exemple, certains médicaments de chimiothérapie ne font pas tomber les cheveux),
- de la dose de médicament administrée,
- de l’état général du malade.


En France, l’INCA (Institut National du Cancer) publie de nombreux rapports sur le cancer et ses traitements.
  • En page 9 : de 2005 à 2011, l’augmentation du nombre de patients est de 14%.
  • Sur la même période, la mortalité par cancer (nombre de décès/nombre de malades) a diminué de 16% pour les hommes et de 8% pour les femmes.
  • Cette amélioration est, en partie, due aux progrès de la chimiothérapie.
  • En page 10 : le nombre de malades traités par chimiothérapie a augmenté de 20% entre 2005 et 2010.
  • En page 11 : de 2004 à 2012, 38 nouvelles molécules ont obtenue une AMM (autorisation de mise sur le marché) européenne et ont été rapidement disponibles en France.

Ne te décourage pas ! Franchement, qui s’embête à lire les rapports de l’INCA ?
De plus, une découverte récente te donne un argument-massue.


La chimiothérapie favoriserait les métastases



Selon une étude publiée en 2012 par des chercheurs américains, la chimiothérapie aurait une action sur certaines cellules saines situées à proximité de la tumeur en leur faisant produire une protéine dénommée dénommée WNT16B. Cette protéine aurait pour effet de favoriser, au fil des cures, la résistance de la tumeur à la chimiothérapie. La tumeur devenue résistante au traitement serait alors responsable d’une récidive de la maladie et de son extension (métastases).
N’est-ce pas là un excellent argument pour inciter les malades à délaisser la chimiothérapie et se tourner vers une thérapie alternative ?
A-t-on déjà vu des malades soignés exclusivement par une thérapie parallèle faire une récidive de cancer ?
Les médecines douces mettent les malades à l’abri d’un tel désagrément, car pour connaître une reprise de la maladie, encore leur faudrait-il avoir une phase de rémission avant de mourir.



Lorsqu’ils ont eux-mêmes un cancer, comment se soignent ceux qui conseillent ou prescrivent la chimiothérapie à leurs patients ?



En effet, le cancer peut toucher n’importe qui et les médecins, y compris les cancérologues, n’en sont pas plus à l’abri que le commun des mortels.

Des médecins atteints de cancer ont témoigné publiquement de leur expérience sous forme de blogs ou de livres, il s’avère qu’ils ont reçu le traitement médical classique. Comme n’importe quel malade, ils connaissent des moments difficiles. L’un deux se demande si, compte tenu de son âge, la durée de vie apportée par le traitement compense la baisse de qualité de vie liée aux effets secondaires du traitement.  
David Servan-Schreiber a toujours affirmé qu’il était indispensable de traiter le cancer avec les moyens de la médecine moderne, tout en recommandant d’être acteur de sa santé en appliquant quelques principes d’hygiène de vie.
Manifestement, il y a des médecins qui acceptent un traitement de chimiothérapie pour augmenter leurs chances de guérison ou vivre plus et mieux avec la maladie lorsqu'on ne peut la guérir.



Lorsqu’ils ont eux-mêmes un cancer, comment se soignent ceux qui dénigrent la chimiothérapie ?



Dans son livre “On a tué ma mère”, la journaliste Nathalie de Reuck raconte comment plusieurs thérapeutes ont persuadé sa mère de renoncer aux traitements médicaux conventionnels pour traiter son cancer du sein.
Plus tard, l’un d’eux atteint d’une tumeur cérébrale a couru se faire soigner dans un hôpital très réputé.
L’ex-médecin Ryke Geerd Hamer, a eu un cancer à un testicule et a été traité classiquement par chirurgie. Selon lui, la chimiothérapie et la morphine tuent les malades plus sûrement que le cancer. Il a inventé une thérapie du cancer sans ces médicaments.
Nous en reparlerons ultérieurement.

Un autre déclare sur son blog avoir été traité par chimiothérapie pour un myélome diagnostiqué en janvier 2010.
Il affirme que l’obscurantisme de la médecine classique est pour lui une hérésie ; et que l’on peut guérir du cancer avec des mots, avec des idées, avec des intentions.


Tu l’as bien compris, si on est touché par le cancer, on cherche à bénéficier des meilleurs traitements possibles pour avoir des chances d’en guérir. On peut choisir pour soi des traitements radicalement différents de ceux que l’on recommande aux autres.

Exercice pratique : imagine un malade

Imagine une personne avec des activités, des goûts, des envies et des projets (qui pourraient ressembler aux tiens). Maintenant, imagine que cette personne vienne de recevoir un diagnostic de cancer. Imagine les questions qu'elle pourrait se poser, l'impact que pourraient avoir sur sa vie la maladie et les traitements médicaux.
Imagine que cette personne aille chercher des informations sur internet et qu'elle lise que non seulement la chimiothérapie est dangereuse et inefficace, mais encore qu'il est possible de guérir sans.
Imagine les décisions que cette personne pourrait alors prendre pour se soigner.



Dans le prochain cours, nous verrons d’autres idées utilisées afin de répandre la peur et le refus de la chimiothérapie.



A lire aussi :

6 commentaires:

  1. Il y a un soucis avec les liens de ce passage:

    Certaines déclarations sont le fait d’un non-médecin, Philip Day, grand théoricien du complot pharmaceutique et promoteur du laetrile comme traitement pour le cancer.

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    1. Merci de me l'avoir signalé. Je viens de réparer les liens défectueux.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  3. En réponse à une remarque formulée hier sur un célèbre réseau social par un internaute à propos de cet article, je rajoute ces quelques lignes :


    Si les données statistiques montrent que la chimiothérapie apporte un bénéfice, en particulier en terme de durée de vie, il s’agit d’une donnée globale valable pour un groupe donné. Au sein de ce groupe, des disparités importantes peuvent exister d’un individu à l’autre. C’est pourquoi la décision d’un traitement doit reposer sur des informations honnêtes, précises, actuelles et individualisées.

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  4. Au sujet des médecins qui sont 75% à refuser la chimiothérapie :
    - ces chiffres datent de 1985
    - l'enquête ne concernait pas toutes les chimiothérapies, mais un traitement qui était nouveau à l'époque, le cisplatine. Et c'était pour un traitement... palliatif !
    A l'époque, la réticence exprimée est quand même compréhensible, vu qu'il fallait encore beaucoup l'étudier pour en atténuer les effets secondaires. Quitte à mourir d'un cancer, il paraît normal de préférer les autres chimio dont l'usage a pu être ajusté.
    - Un autre sondage identique a été fait en 1997 : à ce moment-là, 64,5% des oncologues / hématologues ayant répondu ont dit qu'ils prendraient ce traitement ! Normal, avec plus de recul sur l'usage du cisplatine.
    - Et une autre étude de 1991, qui s'applique à toute chimio et tout type de cancer, a donné par exemple 98% de médecins qui accepteraient une chimio pour la maladie d'Hodgkin ; les 2% restants sont juste incertains, et aucun n'a répondu "non, absolument" ou "probablement non".
    Pour d'autres types de cancers, les résultats varient ; dans le cas du cancer du colon ou du mélanome métastasé dans le poumon, ils sont nettement moins enthousiastes. Mais cela montre bien que leurs réponses varient en fonction du traitement et du type de cancer.

    http://anaximperator.wordpress.com/2010/05/06/do-75-of-doctors-refuse-chemotherapy-on-themselves/
    http://scienceblogs.com/insolence/2011/09/16/two-percent-gambit-chemotherapy/

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  5. Un grand merci pour ces utiles précisions !

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