jeudi 8 août 2013

Faux Souvenirs Induits : Réponses aux sceptiques



Sushi Douglas, journaliste d’investigation, en direct du colloque international pour le développement et la pérennité des dérives thérapeutiques.

Voici le compte rendu exclusif de la troisième et dernière conférence sur le phénomène de mode des Faux Souvenirs Induits. L’éminent psychopraticien de la résolution de l’inceste Jay Rézon, créateur de l’Association des Libres Penseurs de Lumière, nous propose d’étudier plus en détails les arguments que nous opposent ceux que nous nommons vulgairement « les sceptiques ».




« Bonjour ! Soyez les bienvenus ! Mon nom est Jay Rézon! 


Je me suis, entre autres, spécialisés dans les réponses aux arguments sceptiques. Je suis aussi avocat sans licence à mes heures perdues. (Applaudissements). Je vais vous détailler les uns après les autres, les différents arguments face auxquels vous devrez trouver des réponses cohérentes dans votre carrière de charlatans, enfin je veux dire de thérapeutes spécialisés en Thérapie de la Mémoire Retrouvée (TMR).


La précision plus ou moins réelle des souvenirs


N’hésitez pas, en premier lieu, à arguer que la clarté et la précision des détails d’un souvenir prouve sa véracité et non celle d’une profusion de l’imagination. Personne n’ira vérifier que la psychologue renommée Elisabeth Loftus ou que l’éminent psychologue et épistémologue Jean Piaget avaient conçu de faux souvenirs d’une précision exemplaire.


Les émotions ne s’inventent pas


Pensez également à affirmer avec conviction que les émotions telles que la peur et le dégoût ne s’inventent pas et nul n’a besoin d’apprendre que les psychologues Cara Laney et Elisabeth Loftus sont parvenues lors d’une expérience à implanter un faux souvenir émotionnel d’enfance chez 23,6 % des participants qui n’avaient pas conçu de faux souvenir lorsqu’on le leur avait suggéré. (Toussotements)


Les traumatismes ? On s’en souvient plus ou moins bien…


N’était-ce pas la thèse initiale de Freud de prétendre que le refoulement est un mécanisme de défense actif lors d’expériences douloureuses ? Et si on vous parle des soldats de retour de guerre, et de leurs cauchemars incessants, alors qu’ils auraient, selon Freud, dû refouler ces souvenirs, faites semblant de ne pas avoir entendu, changez de sujet, ou répondez : « L’inconscient est complexe, et il y a toujours une exception qui confirme la règle… On ne peut pas tout expliquer. » (Rires)

Et pour les plus vicieux d’entre vous, arguez qu’étrangement cela concerne essentiellement les soldats, et que par conséquent : « Ces soi-disant traumatismes de guerre n’ont pas dû être si terribles que ça s’ils s’en souviennent si bien ! »
En somme, ce que l’on nomme Stress Post-Traumatique n’est en fait qu’un moyen de ne pas admettre l’évidence : ces gens sont névrosés de nature, peut-être même psychotiques, et font une montagne d’une taupinière ! (Rires)


Et l’adrénaline dans tout ça ?


Et oui… Vous en aviez entendu parler, et c’est vrai... Il paraîtrait malheureusement, selon certaines études faisant suites à celles notamment menées par le neurobiologiste James McGaugh de l’Université de Californie, à Irvine, que l’hormone de stress plus connue sous le nom d’adrénaline améliorerait les capacités de la mémoire, lorsqu’elle se trouve générée en quantité supérieure à la dose normale.

Par conséquent, plus un traumatisme serait choquant, répété – et même, selon certains, tus sous la menace – plus il serait présent dans notre mémoire. Ceci rejoindrait la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces et la nécessité de retenir le souvenir d’un danger pour s’en prémunir par la suite… Freud doit-être en train de se retourner dans sa tombe ! Savez-vous qu’ils ont osé faire ces expériences sur des souris ? DES SOURIS ! Nous devrions les dénoncer à la SPA, mais comme nous sommes dotés d’un grand cœur et d’un sens de la générosité sans pareil, nous n’en ferons rien. (Rires)

Avez-vous remarqué ce que je viens de faire ? Je viens de noyer le poisson… C’est un tour de main à prendre, mais tellement utile dans des situations similaires ! (Applaudissements)

Cela dit, cette expérience qui doit être démontée, ou évitée, face aux sceptiques, vous prouve s’il en était besoin, qu’en répétant à votre patient suggestions et évocations de scènes de traumatismes, cela provoquera chez lui des symptômes proches du stress post-traumatique. Quoi de mieux pour y croire ? N’hésitez pas à utiliser l’imagerie guidée… Rien de tel qu’une vidéo de maltraitance ou de viol, pour induire un stress intéressant. (Sifflement admiratifs)


L’amnésie infantile



Parfait ! Tenez-vous en à cette phrase explicite et sans équivoque - bien que aujourd'hui inexacte -. Ne vous préoccupez pas des Jacques Van Rillaer, professeur en psychologie, qui prétendent que l’amnésie infantile n’est non pas en lien avec le refoulement mais avec la maturité neuronale qui rendrait impossible à tout enfant de moins 3 ans de se souvenir de quoi que soit, avant l’acquisition du langage.

Le lobe préfrontal inférieur fauche, siège de la mémoire à long terme, ne serait pas encore développé chez le nourrisson. Si quelqu’un vous oppose un tel argument, répondez simplement que nous grandissons tous à une vitesse qui nous est propre et que par conséquent, la rapidité de développement de ce lobe est totalement aléatoire. Il est donc impossible d’affirmer avec certitude qu’un souvenir datant de nos 3 ans est vrai ou faux. (Applaudissements)


Le procès de G. Franklin


Comme nous l’avons vu précédemment, aujourd’hui, il a été scientifiquement prouvé que plus un traumatisme se répète, plus on s’en souvient clairement. Mais vous pouvez arguer que lors du grand procès de George Franklin qui eut lieu aux Etats-Unis en 1990, l’expert psychiatre Leonor Terr a prétendu, s’opposant ainsi à l’argument Darwinien de J. Van Rillaer, que la répétition induisait nécessairement le mécanisme de défense du refoulement afin de pouvoir continuer à vivre… N’hésitez pas à présenter cet argument à vos patients les plus sceptiques. L’argument d’un procès fait toujours mouche ! Dans ce cas, vous pouvez même supposer que votre patient, pour survivre, a banalisé les faits, ou les a « aimé » parce qu’il n’avait pas le choix. (Murmures d’approbation)

Nul n’a besoin de savoir que lors de ce procès, la fille George Franklin, Eileen, avait retrouvé les souvenirs du meurtre de son amie par son père, ainsi que des images de viols par celui-ci, par le biais de l’hypnose, et que 6 ans après la condamnation à perpétuité du père, il fut libéré. Il semblerait que l’induction de faux souvenirs ait été plus que lourdement suspectée. Voilà une thérapeute qui a été bigrement efficace ! Vous devriez tous prendre exemple sur elle ! (Applaudissements)


L’épidémie d’abus sexuels


De plus, il est facile de prétendre qu’aux Etats-Unis, en 1990, l’épidémie de procès liés à des incestes ou à des abus sexuels est une conséquence de l’émergence des thérapies de la mémoire retrouvée. Les personnes sensées que nous sommes, savent pertinemment qu’il s’agit d’une preuve de la nature endémique des abus sexuels qui ont émergé à cette époque en corrélation avec la révolution sociale et le mouvement libertaire des sixties. (Rires)


Les associations de défense des accusés


Ajoutons à cela que l’émergence d’Associations – en tout premier lieu aux Etats-Unis – telles que la False Memory Syndrome Foundation (FMSF), crée par Pamela Freyd, qui se targua d’avoir été contactée par pas moins de 25 000 familles prétendument touchées par les dévastations des Faux Souvenirs Induits, ne sont pour nous qu’un moyen de prouver la fameuse épidémie d’abus sexuels mentionnée ci-avant. En effet, notre discours devra être que toute personne justement accusée – et en réalité possiblement innocente - voit ici se profiler le moyen idéal de se disculper : une association pour les familles accusées de viols et autres perversions sur un de nos pauvres patients traumatisés…


Des preuves… absentes


Certains vous diront également que toute accusation doit être étayée par des preuves objectives, telles qu’un témoin qui corroborerait les dires de votre patient. Si vous souhaitez que votre entreprise ait de l’avenir, vous ne devez pas laisser la moindre trace derrière vous. Il en est de même pour les enregistrements audio ou vidéo, ou toute pièce ou attestation demandé par votre patient tel qu’un diagnostic écrit, sous peine de vous mettre en danger de transparence. Dissimulez-vous derrière le secret médical ou déontologique, et bien entendu évitez les thérapies familiales. Plusieurs personnes face à vous rendrait la manipulation plus complexe et vous mettrait en position de vulnérabilité. (Murmures d’approbation).


Des souvenirs fabriqués


Par ailleurs, une étude scientifique aurait prouvé que des souvenirs pouvaient être fabriqués de toutes pièces, avec les conséquences que cela implique, comme dans les cas de souvenirs d’enlèvements par des extraterrestres… Qui ici peut me démontrer que les extra-terrestres n’existent pas ? Je vois que l’on est tous d’accord sur cette comparaison plus que discutable. (Rires)

Par ailleurs, nous ne sommes pas responsables de l’immense suggestivité de la mémoire, ni du fait que l’être humain aime à combler les recoins flous du passé avec son imagination débordante. Finalement, nous pourrions – et c’est ce que nous devrons dire – tout autant supposer que l’imagination reste néanmoins le témoin fidèle de nos sentiments profonds, qui eux ne peuvent mentir. Elle se contente de traduire les flous grâce à nos sentiments latents et néanmoins réels, respectueux de la vérité du passé. Par conséquent, la métaphore d’Elisabeth Loftus dans cette affirmation : « Représentez-vous votre esprit comme une bassine pleine d’eau claire. Imaginez chaque souvenir comme une cuillerée de lait versée dans l’eau. Chaque esprit adulte contient des milliers de ces souvenirs mélangés… Qui parmi nous pourrait prétendre séparer l’eau du lait ? » (Le syndrome des faux souvenirs, 1994) peut nous être très utile… Après tout, l’eau calcaire n’a-t-elle pas naturellement une étrange couleur laiteuse ? Pourquoi devrions-nous à ce point différencier la mémoire de l’imagination ? Tout est issu de nos sentiments d’enfants traumatisés, et c’est précisément ce que vous devrez répondre aux sceptiques ! (Sifflements)


Les expériences en guise de preuve !


De plus, certains prétendent faire des expériences démontrant que l’on peut facilement induire un faux souvenir chez un patient. L’une des expériences la plus connue est celle du « Voyage en ballon », imaginée par la psychologue américaine réputée pour ses recherches sur la mémoire humaine et sur les faux souvenirs induits, Elizabeth Loftus, expérience que vous pouvez voir sur cette vidéo. Cela consistait à montrer à des individus, dont on s’était assuré qu’elles n’étaient jamais montées dans un ballon, une photo truquée d’eux lorsqu’ils étaient enfant, en famille, à bord d’une montgolfière. Après quelques temps, 50% des personnes ont raconté ce faux souvenir avec beaucoup de détails. On appelle cela une inflation de l’imagination.

Ces petits malins tentent de nous enlever notre gagne-pain, et c’est regrettable. Lorsque l’on m’en parle, je suis révolté… Est-ce que ce n’est pas totalement contraire à l’éthique de manipuler la mémoire dans un but expérimental ? Et ne me parlez pas de la réponse d’Elizabeth Loftus aux questions du professeur BrigitteAxelrad  sur cette question !

 « Toutes nos expériences passent par un processus de contrôle rigoureux qui fait partie maintenant des procédures de la plupart des universités. Nous ne voudrions jamais faire du tort à quelqu’un en connaissance de cause, et, à notre connaissance, la plupart de nos sujets d’expérience (cobayes) ont, s’ils ont ressenti quelque chose, été fascinés par le procédé (ou indifférents) – mais pas contrariés par celui-ci. Des centaines de chercheurs pendant ce siècle se sont engagés dans une recherche qui comporte soit un tout petit peu, soit même beaucoup de tromperie… et plusieurs de ces études ont donné de précieux enseignements à la psychologie et aux sciences humaines. »

Taratata ! Je maintiens que tout ce qu’ils prouvent, c’est qu’ils n’ont aucune éthique… Ce qui n’est pas notre cas. Nous sommes tous de bonne foi, lorsqu’un patient retrouve un souvenir infantile traumatisant grâce à nous, que nous soyons inconsciemment impliqués ou non, à force de rencontrer – et cela est terrible - des enfants réellement maltraités ou abusés sexuellement, c’est avec toute notre bonne volonté et notre désir de le voir aller mieux que nous l’avons aidé et guidé jusque-là. (Vifs applaudissements)


La pièce de théâtre qui dévoile nos techniques


Vous savez, un jour, une personne est venue me voir, me demandant si j’utilisais la thérapie de la mémoire retrouvée qu’elle avait eu le loisir d’appréhender plus en détails dans la pièce de théâtre Souvenirs Fantômes, dont voici le trailer, de l’anglais Denial, d’Arnold Wesker, un dramaturge britannique contemporain qui a manifestement infiltré nos techniques de TMR et les a dévoilées dans sa pièce. On peut y voir une jeune femme devenir l’objet de sa thérapeute qui lui invente un faux souvenir et observe, sans se remettre en cause, sa patiente se défaire de sa famille et de ses amis, puis perdre pied peu à peu. Avec beaucoup d’humour, j’ai répondu à mon patient – un petit mensonge ne fait jamais de mal – :

« Cette pièce est hilarante ! J’en suis co-auteur… Elle se moque de ceux qui voient la psychothérapie comme une espèce de biais pour la manipulation. J’espère qu’elle vous a bien fait rire ! Vous savez, les français manquent cruellement d’humour, car si cette pièce a été bien reçue en Angleterre, son accueil fut, en France, bien plus mitigé ! ».

Suite à cet imprévu, toutes les tentatives de corruption envers Monsieur Wesker échouèrent. C’est pourquoi je vous conseille de prendre, comme moi, le contre-pied dans une situation similaire. (Applaudissements)


Freud, notre père à tous


On m’oppose souvent les propos du professeur en psychologie, Nicholas Spanos dans son livre Faux souvenirs et désordre de la personnalité multiple, qui prétend que les thérapeutes spécialisés dans la résolution de l’inceste ont appliqué les mêmes procédés suggestifs de la théorie de la séduction freudienne. Selon cette théorie, nombre de difficultés et problèmes psychologiques proviennent de souvenirs d’abus sexuels durant l’enfance.

Je leur réponds souvent : « Et alors ? Freud n’est-il pas le père de la psychanalyse ? S’inspirer de lui me semble être un gage de sérieux et de professionnalisme ! Nombre de nos confrères sont psychanalystes Freudiens, parce qu’ils ont choisi de suivre les origines d’un courant psychanalytique qui a fait ses preuves et qui a de l’avenir.»

Vous pouvez, bien entendu, également utiliser cet argument auprès de vos patients, car après tout, bien peu d’entre eux savent que cette théorie fut en réalité la toute première de Freud, une sorte d’essai raté qu’il abandonna par la suite pour celle du complexe d’Œdipe. (Murmures d’approbation)


Darwin VS Freud


La psychologue Barbara Fredrickson, en 1992, affirma que les trous de mémoire concernant l’enfance sont la preuve d’abus sexuel. 
Parfait ! Cette conviction rejoint les théories initiales – et abandonnées – du psychologue Sigmund Freud que nous avons vues auparavant… Mais pourquoi dans les années 1990, tant de spécialistes, aux Etats-Unis en premier lieu, se sont-ils soudainement tournés vers Freud ? Que s’est-il passé avant cela ?

Le professeur Brigitte Axelrad nous éclaire, dans cet extrait de son article « Faux souvenirs et thérapies de la mémoire retrouvée » sur le déroulement des événements précédant le boom des thérapies de la mémoire retrouvée :

« Avec un regard de sociologue, Richard Webster déclare : « Avec sa théorie du complexe d’Œdipe, Freud avait inventé un outil parfait pour balayer les allégations d’abus sexuels d’enfants et miner leur crédibilité. » En suivant cette voie, les psychanalystes américains eurent massivement tendance pendant tout le XXe siècle à considérer les récits d’incestes avérés comme des fantasmes œdipiens et non comme des souvenirs. Ceci contribua à amplifier les réactions et les protestations des courants féministes déjà très forts aux États-Unis. »
« Le mouvement féministe puisa une partie de son énergie dans le rejet des confidences des enfants et des femmes réellement abusés. Ces victimes réelles, rejetées par les psychothérapeutes freudiens, se réfugièrent auprès de thérapeutes autoproclamés qui acceptaient de les écouter. Puis se joignirent à elles des femmes n’ayant pas de souvenirs d’inceste, mais que leur psychiatre ou psychothérapeute avaient diagnostiquées comme souffrant de souvenirs d’inceste refoulés. »

Intéressant n’est-ce pas ? Finalement, qui sont les vrais responsables de l’émergence des TMR? Nous ? Ou bien ces pseudo-thérapeutes qui renvoyèrent des milliers de jeunes femmes et d’enfants violés auprès de leur tortionnaire, en prétendant qu’il leur fallait régler leur complexe d’Œdipe ? (Applaudissements et sifflements admiratifs)

Je vous remercie. Mais revenons-en à Darwin voulez-vous ?

Car le postulat freudien du refoulement, pilier sur lequel repose la psychanalyse, est cependant remis en cause par J. Van Rillaer, qui a une conception plus darwinienne de la situation.

Il semblerait que le principe d’évolution des espèces induise un mécanisme grâce auquel les animaux et les êtres humains conserveraient en mémoire les situations pénibles, afin de mieux réagir à des situations analogues. Refouler et oublier nous rendrait vulnérables, et serait contraire à la théorie de l’évolution des espèces. (Toussotements)

Il me semble que la création du monde selon la Bible et la Chrétienté est également en opposition avec Darwin, et ce n’est pas pour autant que nous imposons aux croyants de changer leurs opinions sur la création du monde, ou l’évolution, ni se méfier de leur curé. Heureusement, si cet argument semble indiscutable aux plus crédules, il n’en reste néanmoins qu’une hypothèse de travail. (Murmures de soulagement)


Dérive sectaire


On accuse régulièrement les praticiens de la TMR d’avoir une influence qui se rapprocherait de la dérive sectaire, sous prétexte que nos patients finissent par se couper de leur famille, de leurs amis, de leurs proches en somme, pour n’avoir plus que nous dans leur vie, en qui avoir confiance. J’imagine que le fait de faire payer nos séances et de parfois leur demander un peu d’aide pour refaire le carrelage de notre salle de bain ou pour s’acheter une nouvelle voiture n’aide pas à prouver notre bonne foi. 

D’ailleurs, la Mivilude a fait un rapport sur nos activités en 2008 et en 2009, qui n’est pas pour nous servir… Il y est dit, dans le rapport de 2008, que : « La gravité de telles « révélations » entraîne immanquablement une déstabilisation du ou de la cliente et des ruptures avec son environnement, d’autant que le praticien dans sa pseudo-relation d’aide suggérera d’en tirer toutes les conséquences. Le développement rapide des psychothérapies au cours des dernières décennies n’a pas permis un encadrement suffisant de ces activités. La situation actuelle se caractérise par de nombreux facteurs de risque, à commencer par une réelle impossibilité de l’usager à effectuer un choix éclairé quant au professionnel pressenti. »

Très intéressant, n’est-ce pas ? En effet, il est difficile pour nos patients néophytes et souvent naïfs de faire la différence entre un thérapeute diplômé et un autoproclamé, un calculateur assumé, un manipulateur de bonne foi, ou un bon thérapeute qui parvient parfois à aider les gens, et parfois échoue… Nous devons, comme disent les jeunes, surfer sur cette vague d’ignorance à  notre égard, avant qu’un mode d’emploi du choix du thérapeute ne soit propagé sur internet ! (Cris de panique de l’assemblée)

Du calme ! Du calme ! Cela n’arrivera pas de sitôt… Il y a de nombreux biais pour les arnaqueurs de nos jours car nous sommes en perpétuels renouvellement et il y aura toujours des gens naïfs dans ce monde ! (Applaudissements)

Quant au rapport de 2009, il ne parle heureusement pas de nous en soi, puisqu’il accuse le chamanisme de pencher dangereusement vers la dérive sectaire via l’induction de faux souvenirs, par le biais d’hallucinations provoquées par certaines drogues, visions qui seraient pour eux des révélations de traumatismes refoulés, le refoulement étant la preuve de l’existence de ces traumatismes dans l’enfance… Je vois que l’idée de provoquer des hallucinations chez vos patients tente certains d’entre vous ! (Sifflements enthousiastes) Néanmoins, les gens sont moins tentés par les chamans que par les thérapeutes… Votre voie reste la plus sûre pour ne pas vous faire prendre ! (Rires)

Mais plus sérieusement, vous cherchez une réponse à toutes ces accusations ? J’en ai une toute faite : « Et la liberté, dans tout ça… ? ». (Hourras d’approbation)


Nous aussi on a des droits


Ensuite, si on vous attaque, foncez dans le tas, et invoquez la liberté individuelle pour vous ou pour vos patients – de se faire plumer et manipuler –, la liberté d’opinion pour chacun, la liberté de penser et d’agir selon votre volonté etc.


Tout est relatif


Par ailleurs, une proportion de thérapeutes ferait plus de tort que de bien. Et alors ? Toute médecine douce, conventionnelle, ou thérapie comporte son lot de risque d’aggravation des symptômes ou d’effets secondaires ! N’hésitez pas alors à accuser les lobbyistes pharmaceutiques qui, dans leur course à la richesse, ne s’encombrent pas toujours de prendre le temps de vérifier la totalité des effets secondaires ! Ce sont des dommages collatéraux… S’ils existent en médecine, il est plus que normal d’en trouver dans une profession aussi incertaine, aléatoire et subjective que la nôtre ! (Hourras d’enthousiasme)


Une signature pour se couvrir


De plus, si vous êtes spécialisé dans l’utilisation de l’EMDR pour votre thérapie de la mémoire retrouvée, n’hésitez pas à demander à vos patients de signer auparavant ce formulaire de consentement éclairé que nous vous offrons gratuitement ! (Ah ! d’approbation) Cependant, il vous faut payer la personne qui vous le distribue pour la peine qu’elle se donne… 5 euros. (Rires jaunes)

Et pour les spécialistes d’autres techniques, n’hésitez pas à détourner ce document de façon à l’adapter à votre fonctionnement.


Nous sommes tous de bonne foi


On entend souvent que la psychothérapie est une activité où le charlatanisme et le bluff sont plus facilement répandus que dans la plupart des autres professions. Où est la preuve ? De toute façon, votre recours principal doit-être la bonne foi… Vous pensiez aider votre patient. Vous avez réellement cru, tout comme lui, qu’il avait survécu à un terrible traumatisme. Pire ! Votre empathie vous poussait à réclamer, pour lui, la justice… Ainsi que pour la totalité de vos autres patients.

Et n’oubliez pas la phrase magique : « Il existe des gens malhonnêtes dans toutes les professions… Méfiez-vous des charlatans ! ». C’est en dénonçant le manque de moralité des autres que vous pousserez vos patients à avoir confiance en vous.


Dommages collatéraux


Par ailleurs, dans cet article, Brigitte Axelrad précise que : « Les thérapies déviantes, telles que les TMR nuisent aussi bien aux victimes réelles d’inceste et de viols, qu’à celles qu’elles entraînent sur la piste des faux souvenirs. »

Certes… C’est vrai. Cela pourrait nous poser un léger cas de conscience. Mais vous pouvez toujours répondre : « Encore faut-il prouver que les souvenirs retrouvés sont faux, ce qui n’est pas plus possible que de prouver leur véracité ! ». (Applaudissements)


Ennemie publique n°1


Enfin, tous les arguments anti-sceptiques que nous venons de vous fournir sont valables contre tous les doutes et les demandes de vos patients, contre les accusations et demandes sceptiques sur internet ou en direct, mais en aucun cas vous ne devez-vous en servir contre Brigitte Axelrad, qui s’y connaît beaucoup trop bien sur ce sujet, et pourrait vous démasquer avec trop de facilité. Grâce à ses articles et conseils à notre encontre, nous avons appris à mieux nous connaître nous-même, nous, charlatans confirmés. Madame Axelrad est membre du comité de rédaction de Science et pseudo-sciences, a été professeur de psychologie, et est actuellement professeur honoraire de philosophie et de psychosociologie. Cela sans compter le livre Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée, dont elle est l’auteur et qui prouve sa compétence en la matière. Prenez donc garde à ne pas tomber sur elle ! (Toussotements et murmures d’inquiétude)


Bonne continuation


Pour conclure, voici quelques chiffres qui devraient vous réjouir : 8,6 semaines sont en moyenne nécessaires pour retrouver de faux souvenirs – cependant cela peut parfois se produire en une à deux séances – mais il faut 4,5 années pour se convaincre que ces souvenirs étaient faux. Au terme des 4 années, exercer une pression sur son patient pour empêcher sa rétraction est une alternative tout à fait acceptable. (Murmures d’approbation)

Gardez toujours à l’esprit qu’il faut privilégier la suggestion plutôt que l’écoute, l’autorité directive plutôt que l’empathie raisonnable. Si votre patient est au bord du gouffre, proposez-lui la pelle plutôt que l’échelle, et poussez-le à creuser davantage plutôt qu’à avancer vers l’avenir. (Rires)

Enfin, si votre patient est venu vous consulter pour un trouble psychologique léger et qu’il sombre en sortant de sa thérapie, dans une grave dépression au point d’en être interné en hôpital psychiatrique parce qu’il ne discerne plus la réalité de la réalité biaisé, inventée, dont vous êtes à l’origine, alors ce sera la preuve de votre totale réussite… à condition de l’avoir dépouillé le plus longtemps possible auparavant, d’un minimum de 50 000 euros bien sûr ! (Rires et applaudissements)



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3 commentaires:

  1. http://www.france2.fr/emission/dans-les-yeux-dolivier/diffusion-du-08-08-2013-22h15

    Dans les yeux d'Olivier
    Sous l'emprise d'un manipulateur

    passé hier soir, rediffusion et replay pour les intéressés

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    1. Merci beaucoup pour le lien. C'est effrayant tout ça! C'est vrai que l'histoire des reclus de Monflanquin, finalement, a tant duré et a été tellement brutale et étrange qu'elle a attiré l'attention des médias. Ce n'est pas plus mal... Car aujourd'hui, cela touchera un plus grand nombre de lecteurs/spectateurs, et espérons-le, de personnes possiblement victimes de manipulation!

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  2. Pour les futurs charlatanologues, un exemple à suivre, un ancien thérapeute et formateur en décodage biologique reconverti en thérapeute et formateur en "Théorie de la Mémoire implicite":

    http://decodagebiologique.ch/ http://memoireimplicite.com (TMI ou IMT)

    Avec lui, vous pourez apprendre à fouiller les mémoires de vos clients et qui sait ... Pour savoir qui est cet homme plein de ressources, voyez la signature en bas de la page decodagebiologique.ch

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