samedi 29 juin 2013

Faux Souvenirs Induits : Présentation

Sushi Douglas, journaliste d’investigation, en direct du colloque international pour le développement et la pérennité des dérives thérapeutiques.


En exclusivité, voici le compte rendu de la première conférence sur la nouvelle tendance : les faux souvenirs induits, proposé par Sue Vientois, Thérapeute Autoproclamée Spécialisée en Thérapie de la Mémoire Retrouvée, qui a déjà à son actif une centaine d’accusations pour viols de la part de ses patients contre un ou plusieurs membres de leur famille, 30 procès et 10 condamnations obtenues.



« Bonjour à tous et merci d’être venus si nombreux ! Sue Vientois ! 


Thérapeute Spécialisée en TMR, Thérapie de la Mémoire Retrouvée. Les faux souvenirs induits… Un nom bien compliqué allez-vous me dire ! Pour faire plus simple, méfiez-vous de ce que vous allez entendre durant les trois prochaines conférences, car vous pourriez bien ressortir d’ici certains de vous souvenir parfaitement d’un viol dans votre enfance, qui n’aura pourtant jamais eu lieu. (Ohhh ! Admiratifs)

Tout d’abord, sachez que tous, ici présents, psychiatres-psychanalystes, simples psychanalystes diplômés ou non, psychothérapeutes et thérapeutes autoproclamés sans le moindre diplôme, êtes à même de pratiquer cette thérapie, à partir du moment où vous prétendrez être de formation Freudienne. Je vois vos regards inquiets… Ne vous en faites pas, nous ne sommes pas là pour apprendre la psychologie ! (Rires). Cette méthode a d’ailleurs été inventée par des personnes n’ayant absolument aucune formation en psychologie clinique ou médicale. Il s’agissait d’infirmiers, de professeurs de yoga etc. (Aaaaahhh !)

Suivez bien ce qui va suivre ! Cela vous permettra d’obtenir l’adhésion de vos patients, dans 34% des cas.


Pour commencer, « Qu’est-ce qu’un faux-souvenir induit ? » vous demandez-vous.


Aussi appelé « souvenir fantôme », il s’agit tout bêtement d’une histoire traumatisante que vous aurez suggérée à votre patient comme étant un événement de son enfance qu’il aurait oublié… précisément parce qu’il était si terrible. Freud avait un petit penchant pour les abus sexuels. Mais faites selon votre préférence! La petite touche personnelle est primordiale! (Rires)


Pour quelle raison pratiquer une TMR ?


A-t-on besoin d’une raison pour apprécier de voir une famille se détruire à petit feu ? (Rires)

Soit. Nous sommes tous là parce que la vue du bonheur d’autrui et des familles heureuses nous insupporte. Et mis à part le plaisir évident de manipuler un esprit crédule et d’en savourer les conséquences une fois le patient esseulé, lorsqu’il se sera définitivement détourné de sa famille qui ne l’aura pas soutenu dans cette épreuve, vous aurez libre champ pour exercer votre emprise sur lui. Vous serez son repère, sa famille, son ami, son maître. Le pouvoir s’accompagne si délicatement d’une récompense financière que ce disciple, enfin ce patient, vous fournira sans hésiter. (Applaudissements)


Analysons les bases de la communication


Avant de vous donner les différents arguments qui assoiront peu à peu cette conviction du viol chez votre patient, vous devez maîtriser les bases de la communication psy/patient et vous parer d’un masque qui devra inclure : gentillesse, douceur et compréhension. Offrez à votre patient une attention délicate et dès le début, proposez-lui de vous tutoyer. Vous devez sous-entendre qu’il s’agit peu à peu davantage d’une relation amicale que professionnelle, au point d’être profondément attristé par ce qu’il a vécu, et qui ne s’est bien sûr jamais produit. Tutoiement, amitié et empathie devront constituer votre seconde mission. Mais je n’ai aucun doute, vous réussirez, car vous êtes tous d’une grande gentillesse ! (Hourra !)

De plus, n’oubliez pas que la patience dont vous devrez faire preuve, s’accommodera constamment de persuasion et donc d’influence. Cela vous paraît sans doute rébarbatif, mais les résultats de la méthode sont visibles dès les premières séances… Dès la première pour les plus doués ! (Sifflements !!!).

Ensuite, vous devrez vous parer du masque de l’autorité compétente. C’est via une confiance en vous sans faille et une vantardise immesurée sur vos faux diplômes que vous bénéficierez de tout le pouvoir de votre autorité, comme l’a démontré Milgram dans son expérience « Soumission à l’autorité » qui consistait à demander à une personne d’en punir une autre par une impulsion électrique. (Ouahhh !!!)
Dans le cadre d’une fausse expérience sur la mémoire, la personne punie simulait la douleur, tandis qu’une autre motivait le détenteur du pouvoir électrique à continuer l’expérience coûte que coûte. Alors qu’une enquête préliminaire auprès de 39 psychiatres prédisait que seul 0,1% de la population irait jusqu’aux 450 volts finaux, l’expérience prouva que 62,5% des personnes « piégées » ont envoyé à 3 reprises les 450 volts finaux intolérables et inhumaines, sous prétexte qu’une autorité compétente le leur demandait pour une expérience. Cela n’augure que de bonnes choses pour vous ! (Applaudissements et sifflements)


Quelles sont les bases de la manipulation ?


Pour commencer, vous devrez imposer la fausse liberté, ou plutôt la liberté sous couvert de menace. Si votre patient se révolte, dites-lui qu’il est libre de s’en aller… mais précisez bien que tant qu’il sera dans le déni, il ne guérira pas. Pire, s’il partait maintenant, ses symptômes s’aggraveraient.

Penser également à susciter l’empathie chez votre patient. Parlez-lui de votre ressenti, de votre vécu difficile. Faites preuve d’imagination pour cela. Pourquoi ? Parce qu’il a été scientifiquement prouvé que l’empathie inhibe la pensée analytique et vice versa ! Faites pencher son cœur, et son cerveau ne sera plus capable de démasquer la moindre supercherie. (Sifflements)

Ensuite, vous devez lui promettre la guérison absolue, à condition bien sûr qu’il suive vos directives - ou conseils déguisés - à la lettre et qu’il admette la maltraitance infantile. S’il accepte, il vous octroie une totale confiance et vous délègue le contrôle de sa vie et de ses actes.

Cela ne vous suffit pas ? Allez plus loin ! Insinuer le doute identitaire. Votre patient vous assure qu’il a eu une enfance heureuse ?  Mais qui exactement a eu une enfance heureuse ? Lequel de ses « moi » intérieurs ? Celui qui est fragile et soumis sans doute… Mais qu’en est-il de son « moi » révolté qui se cache au fond de lui ? Le faire douter sur ses multiples personnalités, c’est enclencher le doute sur ses souvenirs et leur objectivité. (Ohhhhh !)

De plus, n’hésitez pas à aggraver la situation. Il vient vous voir pour une simple déprime ? Non ! Ce que vous voyez va beaucoup plus loin. Vous avez déjà vu une déprime, et là, c’est une profonde dépression… Quelque chose qui ne peut avoir été provoqué que par le refoulement d’un traumatisme terrible dans l’enfance et qui ne demande plus qu’à sortir aujourd’hui.

Enfin, c’est dans le stress que vous toucherez au but. Répéter les mêmes questions, insinuez le viol ou la maltraitance encore et encore… Le stress que vous provoquerez chez votre patient intensifiera le doute et la gravité du faux souvenir qui s’installera peu à peu dans son imagination. (Applaudissements)


Les arguments irréfutables de la présence d’un traumatisme infantile.


Inutile de mémoriser des années d’études en psychologie. Votre discours devra se limiter à : « Selon Freud, l’inconscient serait à l’origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes ». En gros, si on est déprimé, le responsable, c’est l’inconscient. Il pensait à l’origine également que tout récit d’abus sexuel était vrai. Sa théorie a, certes, ensuite évolué vers le complexe d’Œdipe, mais il n’est pas nécessaire d’en informer votre patient. (Rires)
Une fois cet argument essentiel exposé, ajoutez que tout ce qui est inconscient a été effacé de la mémoire, contrairement à ce qui est conscient. Par conséquent, si votre patient va mal, cela ne peut pas être à cause de ses souvenirs, aussi durs soient-ils, puisque sa conscience les a déjà affrontés. La preuve, il s’en souvient !
Conclusion, sa dépression est l’œuvre d’un souvenir refoulé, d’un traumatisme dont il ne se souvient pas puisque son inconscient ne l’a pas encore affronté.

C’est là que vous vous montrez particulièrement utile. Vous connaissez de très nombreux moyens – charlatanesques, mais cela reste entre nous – d’accéder àl’inconscient de votre patient et donc de faire remonter ce souvenir oublié. Nous étudierons plus en détails, dans une seconde conférence, la majorité de ces méthodes d’accès à l’inconscient, notamment les questions pièges, l’hypnose, la canalisation ou encore la communication facilité où vous aidez un enfant qui ne peut pas s’exprimer – autiste par exemple – à communiquer en guidant sa main sur un clavier – sur la lettre qui vous plait bien sûr – etc. (Ouahhhh ! Admiratifs.)

Ensuite, n’hésitez pas à montrer que vous savez de quoi vous parlez, et que votre expérience en la matière est telle que vous ne vous trompez JAMAIS. Votre expérience, voyez selon votre âge, doit être d’au moins 10 ans. 20 ans d’ancienneté, pour les plus vieux, est l’idéal. Des personnes qui montrent les mêmes symptômes que votre patient, vous en avez vu des centaines… Et ils avaient TOUS été victimes de maltraitances ou de viols dans leur enfance.
N’oubliez pas d’y accoler l’argument de vérité générale : « Tous les psy vous diraient la même chose que moi… ».

C’est évident, mais précisons tout de même que TOUS les symptômes, quels qu’ils soient, de votre patient seront ceux que vous qualifieriez de « caractéristiques » d’une maltraitance ou d’un viol infantile.
Par ailleurs, TOUT DOIT ÊTRE sujet à interprétation. Prenez donc des notes lorsque vous remarquez un détail : votre patient se gratte la tête, baille… Et là, faites preuve d’imagination ! Il baille parce que cela lui rappelle les nuits où son père le rejoignait dans son lit ! Il se gratte la tête parce qu’un souvenir oublié le démange ! (Applaudissements)

Ensuite, retenez bien cette phrase primordiale : « Moi, je n’ai rien dit ! C’est vous ! ». En effet, vous restez prudents et neutres! Vous ne devez jamais affirmer que votre patient a été maltraité ou violé. Contentez-vous de poser des questions orientées, de sous-entendre, d’interpréter, de rapporter ce que son inconscient vous a dit ! Ce n’est jamais de vous que provient l’affirmation, mais de lui !
Par ailleurs, votre patient insiste : « Il ne s’est rien passé ! » Opposez lui alors son refoulement évident, puisqu’il refuse de s’en souvenir et sa dénégation continuelle, qui l’empêchent indéniablement d’avancer et de guérir. N’oubliez pas que « Nier, c’est prouver ! ».

Mais pour finir, votre argument le plus important sera la parole de l’inconscient. Le souvenir lui-même sera la preuve. Et pour cela vous découvrirez dans notre prochaine conférence les multiples méthodes qui s’offrent à vous pour discuter avec l’inconscient de votre patient, qui vous dévoilera le souvenir refoulé, le traumatisme qui sortira de votre imagination ! (Applaudissements) ».




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